LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL LE 27 JUIN AU CINÉMA

INVISIBLE AU CINÉMA

LES TUEURS DE LA LUNE DE MIEL

LE 27 JUIN AU CINÉMA EN COPIE NUMÉRIQUE

(THE HONEYMOON KILLERS)

UNIQUE ET EXCEPTIONNEL FILM de Leonard Kastle

Avec Shirley Stoler, Tony Lo Bianco,

 

 

Ne mélangez jamais le chlore et l’ammoniaque: explosion garantie. Entre Martha l’infirmière obèse, surnommée Moby Dick, et Ray le gigolo latino, sosie, veule à souhait, de Charles Boyer, idole de ces années 40 finissantes où se situe ce roman-fait divers, ce sont, dès la première rencontre, des étincelles fatales. A autrui – en l’occurrence, d’innombrables femmes mûres et solitaires que les «tueurs de la lune de miel» séduisent, grugent et assassinent sans scrupule. Violence, cynisme, paranoïa, sexe et religiosité y mènent une sarabande mortelle. Arrêtés le 1er mars 1949, les «honeymoon killers» ont terminé leur cavale sur la chaise électrique, emportant avec eux le secret de leur relation – amour-fascination, allégeance meurtrière ou folie à deux?

 

Genres Drame, Thriller
Nationalité Américain

1969 -VISA:38673 -NOIR ET BLANC – USA -1H46

N°  ISAN 0000-0003-BB7D-0000-D-0000-0000-Z

Synopsis

L’histoire, d’après un fait divers réel, de Ray Fernandez et Marcha Beck, amants criminels qui suppriment les candidates au mariage un peu mûres mais riches. Pendant leur détention, ils ne cesseront d’échanger une correspondance amoureuse jusqu’à leur exécution.

L’histoire vraie d’un couple de tueurs en série

1969. Leonard Kastle a 40 ans, chaque après-midi il dirige les répétitions de son opéra « Deseret », sur la vie de Brighman Young, à la tête de la secte des mormons de 1847 à 1877. Ses matinées sont libres, il accepte la proposition que lui fait son ami Walter Streibel de l’aider à préparer le film qu’il veut produire sur l’affaire dite des « tueurs de la lune de la miel ». Streibel est producteur à la NBC TV, il dispose d’un budget de 150.000 dollars pour ce qui sera son premier film de cinéma, et n’a encore en tête ni scénariste ni metteur en scène.

Kastle se plonge dans les archives de la Bronx County Court House, où furent jugés pour meurtres Martha Beck et Raymond Fernandez, dont l’odyssée épouvantable prit fin le 8 mars 1951, sur la chaise électrique de la prison de Sing Sing. Le dossier est riche de quelques 45.000 pages, il retrace la rencontre, grâce aux petites annonces dites des « Cœurs solitaires », d’une infirmière obèse et d’un bellâtre d’origine hispanique. Coup de foudre, passion dévorante.

Quand le beau Raymond lui apprend qu’il tire ses revenus de ses escroqueries au mariage, Martha hésite un moment, mais il menace de la quitter, alors elle bascule : il la fera passer pour sa sœur, rencontreront des femmes en quête d’un mari, ensemble ils tueront, elle ne supporte pas qu’il touche une autre femme qu’elle, il le faut bien pourtant, certains soirs, pour la bonne marche de leurs affaires. Au tribunal, Martha, en robe de soie et souliers verts, se jettera sur Raymond pour le couvrir de rouge à lèvres.

Pas le budget pour un scénariste

Quand il présente à Streibel le fruit de ses recherches, le producteur lui avoue qu’il n’a pas d’argent pour payer un scénariste. Kastle veut-il s’en charger ? Kastle écrit lui-même les livrets de ses opéras, il aime le cinéma autant que la musique, il a du temps, il accepte. Comme il ne sait pas vraiment à quoi ressemble un scénario, il demande à Streibel de lui dégoter les découpages de ses films préférés, ceux de Pasolini, de Bresson, de Godard. Comment ses maîtres s’y prendraient-ils pour raconter cette histoire ?

Fort de la promesse que lui a faite le producteur de confier la chose à un professionnel si le résultat se révélait inutilisable, il se lance sans craintes particulières ni arrière-pensées et arrive bientôt à ce qu’il pense être le terme de sa collaboration. Mais Streibel, qui s’est déclaré satisfait du travail livré, lui demande de l’assister dans sa recherche des interprètes. Tous viennent du théâtre, Shirley Stoler en tête, qui jouera Martha, à l’exception de Tony Lo Bianco, acteur de télévision qui sera Raymond, et de la dernière victime du couple infernale, qu’incarnera une ancienne vedette de soap opera, choisie par Kastle précisément pour sa voix.

Martin Scorsese viré du tournage

Le tournage de « Dear Martha » commence, sous la direction d’un jeune cinéaste new-yorkais d’origine italienne dont Kastle et Streibel ont aimé le premier film. Au bout d’une semaine, une seule scène a été mise en boîte, le producteur vire le réalisateur. Le nom du metteur en scène congédié ? Martin Scorsese. Nul ne sait en revanche ce qu’il est advenu de celui qui pendant quelques jours lui succède : l’histoire n’a pas gardé trace du nom Don Volkmann. Lequel, si l’on en croit Kastle, ne savait comment s’y prendre et passait le plus clair de son temps à demander conseil au scénariste.

Celui-ci finit donc par prendre le film en main, novice lui aussi, mais cinéphile, et qui, surtout, a fait sienne cette histoire. Il croit en son scénario, il le filme sans afféteries, d’ailleurs il ne dispose ni de temps pour se poser des questions, ni d’argent pour tenter des expériences. Le chef opérateur est celui qu’avait amené Scorsese, il se nomme Oliver Wood, le film est le troisième qu’il éclaire, il est aujourd’hui toujours en activité.

Kastle et lui misent avant tout sur la vitesse, n’hésitent pas à filmer blanc sur blanc, se soucient médiocrement de la stabilité du cadre, ils enchaînent les plans tels que le scénario les décrit, si bien que le film sera quasiment « dans la caméra ». La production n’a pas les moyens de payer un compositeur, fût-ce Kastle lui-même, voilà qui tombe bien, le scénariste et réalisateur veut utiliser des symphonies de Mahler, la 6e surtout :

J’ai pensé, déclarait-il il y a 20 ans, que la musique de Mahler pouvait m’aider à approcher et à montrer ce que Hannah Arendt a désigné comme la banalité du mal. »« Honeymoon Killers » est un film renversant, d’une modernité presque insensée. Un film absolument unique, qui livre du crime, de la mort, de l’horreur, de la bêtise une vision ahurissante. Unique, « Honeymoon Killers » l’est aussi en ce sens qu’il est demeuré le seul qu’ait jamais réalisé Leonard Kastle, dont les scénarios ont été systématiquement retoqués par les producteurs, qu’ils portent sur les liens de l’Église américaine avec la mafia, sur Shakespeare et son chien ou encore sur un cosmonaute amoureux d’un dauphin.

Il souhaitait réaliser l’un d’eux en France, une histoire démente de transplantation cardiaque. Là encore, il ne réussit pas à réunir le financement. Il a donc continué d’enseigner la musique à l’université d’Albany et de composer et de faire jouer ses opéras. Leonard Kastle est mort à 82 ans, le 18 mai 2011.

Pascal Mérigeau