ÉVÈNEMENT 2017 : KNOCK ACTUELLEMENT AU CINÉMA

 « TOUT HOMME BIEN PORTANT EST UN MALADE QUI S’IGNORE »

KNOCK

ACTUELLEMENT AU CINÉMA

EN COPIE RESTAURÉE 2K

 

 

Louis Jouvet / film Knock

 

UN FILM DE GUY LEFRANC
Avec LOUIS JOUVET, Jean Brochard, Pierre Renoir, Jean Carmet, Jane Marken.

L’adaptation du chef d’oeuvre de Jules Romains, Louis Jouvet dans son rôle phare!

L’action du film se situe dans un petit village français. Le Docteur Parpalaid, qui, pendant les vingt-cinq ans de son séjour à Saint-Maurice, n’a pas cru à la médecine ni fait fortune, vient de gruger le Docteur Knock en lui vendant un cabinet sans clientèle. Ce dernier personnage, joignant la ferveur du missionnaire à l’énergie de l’homme d’action, spécule sur la peur de la maladie et révèle le besoin de se soigner à la population du canton en commençant par une consultation gratuite le jour du marché. Très vite on accourt pour se faire examiner. Le Docteur Knock qui a su fédérer les intérêts du pharmacien, de l’instituteur, de l’hôtelière, a assuré la fortune de ses alliés, mais sa vraie passion, c’est la volonté de puissance. Au bout de trois mois, il peut montrer au Docteur Parpalaid un paysage « tout imprégné de médecine » sur lequel il règne sans partage. Le Docteur Parpalaid finit par le consulter pour lui-même. Ainsi la minable escroquerie de ce petit docteur de campagne met-elle en valeur les talents de Knock qui, rapidement, a su assurer « le triomphe de la médecine ».

Jean Carmet / film Knock

Réalisation: Guy Lefranc

Adaptation: Georges Neveux

D’après l’oeuvre de Jules Romains « Knock ou le triomphe de la médecine »

Dialoguiste : Jules Romains

Directeur de la photographie: Claude Renoir

Musique Paul Misraki

Producteur: Jacques Roitfeld

Monteuse: Louisette Hautecoeur

COMÉDIE – FRANCE – 1951 – NB – 102′ – visa: 10747 – DCP avec version restaurée

Si la pièce de théâtre « Knock, ou le Triomphe de la médecine » est l’oeuvre de Jules Romains. Son succès au théâtre et au cinéma est l’oeuvre de Louis Jouvet.

Jules Romains

Jules Romains écrit en 1923 pour le théâtre « Knock, ou le Triomphe de la médecine ». Elle est représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, le 15 décembre 1923, sous la direction de Jacques Héberlot. Louis Jouvet fait la mise en scène et les décors et joue le rôle de Knock .

En écrivant cette pièce, Jules Romains s’inscrit dans une tradition littéraire bien française : la satire des médecins. Depuis le moyen-âge avec Le Vilain Mire, en passant par Le Médecin malgré lui ou Le Malade imaginaire de Molière, nombre d’auteurs ont stigmatisé l’ignorance, le pédantisme, le jargon des docteurs et surtout leur inefficacité quand il ne s’agissait pas du danger qu’il faisait courir à leurs malades. Cependant, en créant le personnage du Docteur Knock, Jules Romains a tant appuyé le trait, que sa farce en trois actes dépasse la simple pochade critiquant la médecine.

L’argument principal : c’est tout à la fois l’histoire d’un trompeur trompé et surtout la rapide accession d’un canton à « l’existence médicale » grâce au génie d’un médecin homme d’affaires avisé et entreprenant avec une vrai passion : la volonté de la puissance.

L’originalité du personnage principal, le Docteur Knock, est de considérer la médecine comme un commerce au point d’en faire fortune. Par rapport à ses devanciers de la tradition littéraire, le docteur Knock se révèle un homme d’affaires avisé. Il a d’ailleurs fait ses premières armes dans le négoce des cravates et de l’arachide. Désormais la maladie est son gagne-pain : « J’estime que, malgré toutes les tentations contraires, nous devons travailler à la conservation du malade ». Ce propos à double entente signifie moins que Knock empêchera ses patients de mourir, mais surtout qu’il entretiendra leur mal, source de ses revenus. Enfin il comprend que sa réussite ne peut être que le travail d’un groupe où chacun œuvre en fonction de ses capacités : l’instituteur, le pharmacien, l’hôtelière. C’est pourquoi d’ailleurs Knock s’arrangera pour qu’ils ne soient pas contaminés par la peur de la maladie qui sape le village: son affaire ne saurait prospérer avec des collaborateurs malades.

Avant l’écriture de Knock, Jules Romains (1885 -1972) publie des poèmes dès l’âge de dix-huit ans (L’Âme des hommes, 1904). Il décide d’abandonner sa carrière dans l’enseignement, à l’issue de la Première Guerre mondiale, pour se consacrer exclusivement à la littérature. Son œuvre est marquée par une idée maîtresse: celle de l’unanimisme, expression de l’âme collective d’un groupe social. Cette théorie nourrit son recueil de poèmes, La Vie unanime (1908), et ses romans : Mort de quelqu’un (1911) et Les Copains (1913). Elle trouve son expression accomplie dans la somme que constituent Les Hommes de bonne volonté, vingt-sept volumes publiés entre 1932 et 1946, vaste fresque dans laquelle, à travers le récit de destins croisés, Jules Romains brosse un tableau de l’évolution de la société moderne entre 1908 et 1933.

Mais c’est grâce à « Knock ou le Triomphe de la médecine » au théâtre que Jules Romains acquiert sa notoriété. Devaient suivre au théâtre : Amédée ou les Messieurs en rang (1923), Le Mariage de monsieur Le Trouhadec (1926), Le Déjeuner marocain (1926), Démétrios (1926), Jean le Maufranc (1926), Le Dictateur, (1926), Boën ou la Possession des biens (1930), etc.

À la fin des années 1920, Jules Romains était avec Pirandello et George Bernard Shaw l’un des trois dramaturges de son temps les plus joués dans le monde.

Il meurt en 1972 honoré de titres honorifiques : normalien, académicien, Grand Officier de la Légion d’honneur, Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Louis Jouvet

Louis Jouvet commence sa carrière en 1913 à 26 ans au théâtre du Vieux Colombier à Paris en tant que régisseur, décorateur et comédien.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate, Louis Jouvet est mobilisé comme ambulancier, puis comme médecin auxiliaire. Démobilisé en 1917, il retrouve la troupe du Vieux Colombier.

En 1922, il devient metteur en scène et installe sa propre troupe au théâtre des Champs-Élysées et met en scène et interprète l’année suivante Knock son premier grand succès. Louis Jouvet comprend tout de suite la force de cette pièce et s’approprie le rôle et fait 1500 représentations au théâtre. Il faut dire que Jouvet était un spécialiste des rôles de médecin. Il fut en effet par trois fois le Sganarelle du Médecin malgré lui, mais jamais le Malade imaginaire. Toujours médecin, jamais patient. Louis Jouvet, ironie ou destin, était diplômé de pharmacie en 1904 et son oncle apothicaire. Sa carrière est brève. Il préférait jouer au médecin sur scène.

Homme de théâtre, Jouvet met en scène ensuite de nombreuses pièces en interprétant les principaux rôles notamment des œuvres de Molière, du répertoire classique, celles écrites par Jean Giraudoux et les nouvelles figures du théâtre, André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Jean Vilar notamment, et met en scène Le Diable et le Bon Dieu, pièce écrite par Jean-Paul Sartre en 1951 au Théâtre Antoine à Paris.

Après le triomphe de Knock au théâtre, Louis Jouvet porte la pièce à l’écran une première fois en 1933 (réalisateur : Roger Goupillère) en tant qu’acteur et metteur en scène ; puis l’acteur interprètera à nouveau le personnage au cinéma, en 1951, dans la version de Guy Lefranc, peu avant sa mort. Dans cette seconde version, on remarque un jeu plus abouti de Louis Jouvet, à dix-sept ans de distance. On y découvre un Knock passionné par son emprise sur les individus par la science ou par toute autre voie : « Il n’y a de vrai décidément que la médecine, peut-être aussi la politique, la finance et le sacerdoce que je n’ai pas encore essayés ».Comme César reste lié à Raimu, on n’imagine mal le docteur Knock sous des traits différents que Louis Jouvet, les cheveux plaqués en arrière, parfois recouverts d’un chapeau melon, ses petits yeux cachés derrière des lunettes rondes.

Knock ne sera pas son seul fait d’armes au cinéma. Louis Jouvet est une figure marquante du cinéma français des années 20, 30 et 40. Il joue dans trente-deux films, dont quelques chefs-d’œuvre passés à la postérité. On le retrouve notamment dans Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot, ; Hôtel du Nord aux côtés d’Arletty et son fameux « atmosphère, atmosphère » et Drôle de drame, dans lequel il donne à Michel Simon la réplique devenue célèbre : « Moi j’ai dit « bizarre, bizarre » ? Comme c’est étrange… […] Moi, j’ai dit « bizarre », comme c’est bizarre. », deux films réalisés par Marcel Carné. Il joue dans deux films réalisés par Jean Renoir : Les bas-fonds en 1936, avec Jean Gabin, et La Marseillaise en 1937.

Passionné par le théâtre, il jouera au cinéma, des adaptations théâtrales saluées par la critique : Volpone avec Harry Baur et Charles Dullin. Sa passion du théâtre l’a poussé à jouer dans Entrée des artistes de Marc Allégret, film où il joue son propre rôle de professeur de théâtre du Conservatoire, presque un reportage sur l’art de Jouvet, La Fin du jour de Julien Duvivier où il est un acteur de théâtre complètement habité par ses personnages et qui, confondant réalité et fiction, sombre dans la folie, et Miquette et sa mère de Clouzot, dans lequel il incarne le pittoresque Monchablon, « grand premier rôle en tous genres », directeur d’une troupe de théâtre ambulant.

Le film Knock est aussi l’occasion de retrouver des seconds rôles excellents joués par quelques bons acteurs, tels Jean Carmet, le moqueur qui devient infirmier ou Pierre Renoir en pharmacien soudain débordé, Pierre Bertin en instituteur candide, persuadé d’être porteur de germes et Jean Brochard en médecin confrère de Louis Jouvet.

« Knock, ou le Triomphe de la médecine » est devenu un classique du théâtre français et son adaptation cinématographique en 1951 lui a donné un souffle particulier par la force de l’interprétation de Louis Jouvet. Et la finesse des dialogues, leur humour noir et leurs réflexions cyniques sont un régal à écouter, d’autant que certains passages restent au delà de la farce des moments terriblement sombres et pessimistes quant à l’avenir des hommes face à la médecine.