LE CRI DU SORCIER ACTUELLEMENT AU CINEMA

Par le réalisateur de DEEP END et ESSENTIAL KILLING

INVISIBLE EN SALLES DEPUIS 1978 – NEGATIF RESTAURE

GRAND PRIX DU JURY – FESTIVAL DE CANNES 1978

Etrange et Fascinant :

LE CRI DU SORCIER

ACTUELLEMENT AU CINEMA

Un film fantastique de Jerzy Skolimowski

Avec Alan Bates, Susannah York, John Hurt…

D’apres  « Le Cri » la nouvelle  de Robert Graves

affiche-le-cri-40x60

 

Synopsis: Robert Graves (Tim Curry), médecin psychiatre, est associé à un mystérieux patient, Crossley (Alan Bates), pour comptabiliser les points d’un match de cricket organisé pour occuper l’après-midi des pensionnaires d’un hôpital psychiatrique anglais. Laissant le soin à Graves d’officier, Crossley se lance dans l’évocation de son passé. De retour d’un séjour de 18 ans chez les Aborigènes Australiens – où il découvrit la sorcellerie et tua ses deux enfants – il investit la maison, et la vie des Fielding, un couple anglais sans histoires (John Hurt et Susannah York). Menaçant ceux-ci d’user de son « Cri du Sorcier », censé tuer quiconque l’entend à la ronde, il prend possession de la demeure du couple, à la fois fasciné et répugné par cet homme au charisme et aux pouvoirs captivants…

Extrait entretien avec Jerzy Kolimowski et Andrzej Kostenko  tiré du livre « Jerzy Skolimowski signes particuliers » sous la direction de Jaques Déniel, Alain Keit,  Marcos Uzal, éditions Cinéma Jean Vigo / Yellow Now 

Vous êtes-vous inspiré de Krzysztof Komeda pour le personnage principal du Cri du sorcier ?

Non . Dans le film, le compositeur est un personnage plutôt négatif, prétentieux, faible… Et ce n’est pas un bon compositeur. Mais c’est vrai qu’il expérimente beaucoup et comme j’ai écrit toutes ces scènes où il compose, mon expérience avec  Krzysztof  m’a probablement été utile. Quand j’ai fini le film, j’ai demandé à David Bowie, que j’aime beaucoup de faire la musique. Le producteur Jeremy Thomas s’est arrangé pour le faire venir des États-Unis. Bowie a débarqué à Londres très tôt le matin et il est venu directement au studio. Au bout de dix minutes de projection, il s’est endormi et a commencé à ronfler ! Ses assistants n’osaient pas le réveiller.  Ce fut très embarrassant et bien sûr il n’a pas été possible de discuter après ! J’ai alors pensé à Procol Harum. Nous avons contacté Garry Brooker qui était un homme charmant. Je lui ai expliqué ce que j’attendais, un mélange des Pink Floyd, de Bowie … Il a essayé de travailler dans cette direction mais le résultat n’était pas ce que je voulais. Jeremy Thomas m’a demandé : « Bon alors tu veux qui maintenant ! ? » « Genesis ! » Phil Collins était en tournée et seuls Tony Banks et Mike Rutherford étaient disponibles. Ils ne se sont pas endormis à la projection, ont aimé le film et composé la musique.

Et le fameux cri?

À l’image, le cri durait vingt-trois secondes. Notre première tentative fut de trouver quelqu’un capable de crier très fort. On m’a parlé d’une femme qui travaillait dans un cirque. Elle criait très très fort mais pas assez longtemps, cinq ou six secondes. Ce n’était pas l’intensité de la voix qui importait mais l’arc du cri. C’était impossible à monter en plusieurs parties, je voulais un cri continu. Nous avons fait plein de recherches. Personne n’arrivait à dépasser quinze ou seize secondes. Alors, désespéré, j’ai tenté le coup. C’était en pleine nuit dans un studio à Soho. Je manquais de mourir à chaque fois. J’ai réussi un cri de dix-neuf secondes. Et tout à coup, on a frappé à la porte . C’était la police qui m’avait entendu et qui pensait qu’on assassinait quelqu’un. Nous leur avons expliqué la situation et j’ai essayé une dernière fois. J’ai réussi les vingt-trois secondes et je me suis évanoui ! Vous ne pouvez pas imaginer l’effort que cela représente. Il vous faut suffisamment d’air et savoir comment l’économiser, l’utiliser.  C’est donc mon propre cri qu’on entend, mais bien sûr complété par d’autres sonorités, dans les chutes du Niagara… il y a environ une quarantaine de pistes mixées.

Ça fait penser à votre façon de peindre. Un seul geste ample… un seul cri.

Oui, dans une certaine mesure, c’est comparable.

La construction du film est assez complexe, était-ce écrit de cette façon où avez-vous donné cette forme au montage ?

Je l’ai surtout fait au montage. Le script était plutôt linéaire.

Le Cri du sorcier est peut-être votre film le plus élaboré d’un point de vue formel.

Ça a été un film facile et rapide à tourner. Dans une ambiance très harmonieuse. Jeremy Thomas est le seul producteur avec lequel j’ai travaillé sans le moindre conflit. Je vais vous donner le secret de cette entente : à cette époque, nous étions tous les deux de grands fumeurs de marijuana. C’était un tournage très plaisant, nous étions quasiment tout le temps stoned mais de façon agréable, créative. Jeremy voulait ajouter une phrase à la fin du générique : « Tourné à Devon et Cornwell en Angleterre avec deux cent cinquante tight sticks ! » Le Cri du sorcier a été fait en vingt-cinq jours, avec une joyeuse équipe. Je ne fume plus maintenant, mais c’était une belle période ! C’est l’un des films que je préfère.

Le fait d’avoir beaucoup fumé a-t-il influencé l’atmosphère du film qui a quelque chose d’un peu hallucinatoire ?

Nous étions jeunes, insouciants et sûr de nous mais nous gardions le contrôle. Nous étions sérieux et respections parfaitement le planning sans aucun problème !

On retrouve encore du sport ici, du cricket : un sport aussi énigmatique que le film lui-même !

En Angleterre, je regardais souvent le cricket à la télévision. Je n’y comprenais pas grand-chose, les règles sont très compliquées , mais certains moments me passionnaient. J’ai demandé alors à des amis de m’expliquer. J’ai fais une liste d’une demi-douzaine de figures et d’instants de jeux que je trouvais très beaux. Puis je les ai mis dans le film, sans grande logique par rapport aux règles ! Le plus amusant, c’est que des Anglais me disaient après avoir vu le film : « C’est une des plus belles parties que nous ayons vues  ! »